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- TOME PREMIER
- AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR
- PRÉFACE DU RÉDACTEUR
- Lettre Première. Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre II. La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
- Lettre III. Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre IV. Le Vicompte Valmont à la Marquise de Merteuil à Paris
- Lettre V. La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
- Lettre VI. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre VII. Cécile Volanges à Sophie Carnay[8]
- Lettre VIII. La Présidente de Tourvel à Madame de Volanges
- Lettre IX. Madame de Volanges à la Présidente de Tourvel
- Lettre X. La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
- Lettre XI. La Présidente de Tourvel à Madame de Volanges
- Lettre XII. Cécile Volanges à la Marquise de Merteuil
- Lettre XIII. La Marquise de Merteuil à Cecile Volanges
- Lettre XIV. Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre XV. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XVI. Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre XVII. Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges
- Lettre XVIII. Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre XIX. Cécile Volanges au Chevalier Danceny
- Lettre XX. La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
- Lettre XXI. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XXII. La Présidente de Tourvel à Madame de Volanges
- Lettre XXIII. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XXIV. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel
- Lettre XXV. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XXVI. La Présidente de Tourvel au Vicomte de Valmont
- Lettre XXVII. Cécile Volanges à la Marquise de Merteuil
- Lettre XXVIII. Du Chevalier Danceny à Cécile Volanges
- Lettre XXIX. Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre XXX. Cécile Volanges au Chevalier Danceny
- Lettre XXXI. Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges
- Lettre XXXII. Madame de Volanges à la Présidente de Tourvel
- Lettre XXXIII. La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
- Lettre XXXIV. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XXXV. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel
- Lettre XXXVI. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel
- Lettre XXXVII. La Présidente de Tourvel à Madame de Volanges
- Lettre XXXVIII. La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
- Lettre XXXIX. De Cécile Volanges à Sophie Carnay
- Lettre XL. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XLI. La Présidente de Tourvel au Vicomte de Valmont
- Lettre XLII. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel
- Suite de la lettre XL. Du Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XLIII. La Présidente de Tourvel au Vicomte de Valmont
- Lettre XLIV. Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil
- Lettre XLV. La Présidente de Tourvel à Madame de Volanges
- Lettre XLVI. Le Chevalier Danceny à Cécile Volanges
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- Lettre XXXVI. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de TourvelLettre XXXVI. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel
Lettre XXXVI. Le Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel
Votre sévérité augmente chaque jour, Madame, et, si je l’ose dire, vous semblez craindre moins l’injustice que l’indulgence. Après m’avoir condamné sans m’entendre, vous avez dû sentir, en effet, qu’il vous serait plus facile de ne pas lire mes raisons que d’y répondre. Vous refusez mes lettres avec obstination ; vous me les renvoyez avec mépris. Vous me forcez enfin de recourir à la ruse, dans le moment même où mon unique but est de vous convaincre de ma bonne foi. La nécessité où vous m’avez mis de me défendre suffira sans doute pour en excuser les moyens. Convaincu d’ailleurs par la sincérité de mes sentiments, que pour les justifier à vos yeux il me suffit de vous les faire bien connaître, j’ai cru pouvoir me permettre ce léger détour. J’ose croire aussi que vous me le pardonnerez ; et que vous serez peu surprise que l’amour soit plus ingénieux à se produire, que l’indifférence à l’écarter.
Permettez donc, Madame, que mon cœur se dévoile entièrement à vous. Il vous appartient, il est juste que vous le connaissiez.
J’étais bien éloigné, en arrivant chez Mme de Rosemonde, de prévoir le sort qui m’y attendait. J’ignorais que vous y fussiez ; et j’ajouterai, avec la sincérité qui me caractérise, que quand je l’aurais su, ma sécurité n’en eût point été troublée : non que je rendisse à votre beauté la justice qu’on ne peut lui refuser ; mais accoutumé à n’éprouver que des désirs, à ne me livrer qu’à ceux que l’espoir encourageait, je ne connaissais pas les tourments de l’amour.
Vous fûtes témoin des instances que me fit Mme de Rosemonde pour m’arrêter quelque temps. J’avais déjà passé une journée avec vous : cependant je ne me rendis, ou au moins je ne crus me rendre qu’au plaisir, si naturel et si légitime, de témoigner des égards à une parente respectable. Le genre de vie qu’on menait ici différait beaucoup sans doute de celui auquel j’étais accoutumé ; il ne m’en coûta rien de m’y conformer ; et sans chercher à pénétrer la cause du changement qui s’opérait en moi, je l’attribuais uniquement encore à cette facilité de caractère, dont je crois vous avoir déjà parlé.
Malheureusement (et pourquoi faut-il que ce soit un malheur ?) en vous connaissant mieux je reconnus bientôt que cette figure enchanteresse, qui seule m’avait frappé, était le moindre de vos avantages ; votre âme céleste étonna, séduisit la mienne. J’admirais la beauté, j’adorai la vertu. Sans prétendre à vous obtenir, je m’occupai à vous mériter. En réclamant votre indulgence pour le passé, j’ambitionnai votre suffrage pour l’avenir. Je le cherchais dans vos discours, je l’épiais dans vos regards ; dans ces regards d’où partait un poison d’autant plus dangereux, qu’il était répandu sans dessein, et reçu sans méfiance.
Alors je connus l’amour. Mais que j’étais loin de m’en plaindre ! résolu de l’ensevelir dans un éternel silence, je me livrais sans crainte comme sans réserve à ce sentiment délicieux. Chaque jour augmentait son empire. Bientôt le plaisir de vous voir se changea en besoin. Vous absentiez-vous un moment ? mon cœur se serrait de tristesse ; au bruit qui m’annonçait votre retour, il palpitait de joie. Je n’existais plus que par vous, et pour vous. Cependant c’est vous-même que j’adjure : jamais dans la gaieté des folâtres jeux, ou dans l’intérêt d’une conversation sérieuse, m’échappa-t-il un mot qui pût trahir le secret de mon cœur ?
Enfin ce jour arriva où devait commencer mon infortune ; et par une inconcevable fatalité, une action honnête en devint le signal. Oui, Madame, c’est au milieu des malheureux que j’avais secourus, que, vous livrant à cette sensibilité précieuse qui embellit la beauté même et ajoute du prix à la vertu, vous achevâtes d’égarer un cœur que déjà trop d’amour enivrait. Vous vous rappellerez, peut-être, quelle préoccupation s’empara de moi au retour ! Hélas ! je cherchais à combattre un penchant que je sentais devenir plus forte que moi.
C’est après avoir épuisé mes forces dans ce combat trop inégal, qu’un hasard, que je n’avais pu prévoir, me fit trouver seul avec vous. Là, je succombai, je l’avoue. Mon cœur trop plein ne put retenir ses discours ni ses larmes. Mais est-ce donc un crime ? et si c’en est un, n’est-il pas assez puni par les tourments affreux auxquels je suis livré ?
Dévoré par un amour sans espoir, j’implore votre pitié et ne trouve que votre haine : sans autre bonheur que celui de vous voir, mes yeux vous cherchent malgré moi, et je tremble de rencontrer vos regards. Dans l’état cruel où vous m’avez réduit, je passe les jours à déguiser mes peines, et les nuits à m’y livrer ; tandis que vous, tranquille et paisible, vous ne connaissez ces tourments que pour les causer et vous en applaudir. Cependant c’est vous qui vous plaignez, et c’est moi qui m’excuse.
Voilà pourtant, Madame, voilà le récit fidèle de ce que vous nommez mes torts, et que peut-être il serait plus juste d’appeler mes malheurs. Un amour pur et sincère, un respect qui ne s’est jamais démenti, une soumission parfaite ; tels sont les sentiments que vous m’avez inspirés. Je n’eusse pas craint d’en présenter l’hommage à la Divinité même. O vous, qui êtes son plus bel ouvrage, imitez-la dans son indulgence ! Songez à mes peines cruelles ; songez surtout que, placé par vous entre le désespoir et la félicité suprême, le premier mot que vous prononcerez décidera pour jamais de mon sort.
De…, ce 23 août 17**.